Déjà à l'époque Antique, marquée par la polyculture sous forme de latifundia ( grandes propriétés ), il y avait de la vigne à Moulis puisque trois établissements gallo-romains y ont été reconnus. C'est de cette époque que date le fameux cépage biturica, ançêtre de notre cabernet et qui a laissé dans le langage populaire le terme de "biture" pour désigner l'ivresse!

    Durant le Moyen-Age, le Médoc est le grenier de Bordeaux. La présence de nombreux moulins, pour moudre le grain, l'atteste. C'est du terme de "Moulin" que Moulis tire son nom : Molinis / Moulinis. Les vignobles existants appartenaient à des propriétaires féodaux et à la communauté religieuse dont l'église romane atteste l'importance.

    Au XIVème et XVème siècles en Haut Médoc, la vigne était implantée dans les territoires de l'intérieur plutôt qu'en bordure de l'estuaire pour éviter les méfaits de l'humidité du fleuve et des brouillards qui favorisaient la pourriture et décimaient le vignoble.

    Le vignoble se développe rapidement au XVIIIème siécle. La qualité du terroir ne laisse pas insensible les négociants bordelais qui ont fait leur fortune dans le commerce des îles. Ils investissent à Moulis.

    La révolution française, portera un rude coup au vignoble, mais il se relèvera vite pour atteindre son apogée à la fin du XIXème siècle avec une superficie de 1 500 hectares, avant de subir les méfaits du phyloxera.

 

    Léglise paroissiale des XIIème et XIIIème siècles est l'un des plus magnifiques monuments de l'art roman dans la région ; elle mérite un détour et une longue visite. De plus une très belle légende sur cette église nous a été contée :

    "On ignore généralement que Moulis a failli devenir la capitale de la chrétienneté. Il s'en est fallu de vingt-quatre heures pour que Moulis perdît tous ses droits à ce titre.

     Le pape, on ne sait point lequel, ordonna de construire deux églises : l'une en Médoc, l'autre sur les bords du Tibre. Il déclara que la commune entourant l'église terminée la première recevrait le nom de Rome.

     On se mit à l'oeuvre, et les travaux furent activement poussés. Les pierres venaient de Blaye : débarquées à Lamarque, elles étaient transportées le long de la voie construite par les Romains entre le port de Lamarque et Arès, sur le bassin d'Arcachon, qui passe à côté de l'église de Moulis. Les convois, surpris par la nuit, disparaissaient le plus souvent. C'était disait-on, Léonard, le mauvais esprit de Beychevell, qui leur jetait un sort. Cela naturellement retardait les travaux mais, désireux d'être agréable au pape, chacun redoublait d'ardeur.

     L'église était à peu près terminée. Un soir, on quitta tard le chantier, certain d'achever la construction dès les premières heures du lendemain. Etant sortis après leur souper, deux hommes virent apparaître un cavalier qui, sautant de son cheval blanc d'écume, annonça que l'église de Rome avait été terminée le matin et que le pape y avait aussitôt célébré la messe.

     La construction fut générale mais, sans trop d'éclat cependant. Le Diable était peut-être dans la foule. Moulis ne fut point Rome ! Mais l'église demeura dans sa splendeur de monument historique."

    Le fait est que Moulis dut se contenter de rester ce qu'il était, ce qui finalement n'était pas si mal. Les Dieux devaient d'ailleurs effacer une telle injustice en donnant au sol de Moulis de quoi faire l'un des grands vins Bordelais.